11 février 2012

LA FRANCE DESTRUCTURÉE

Le Front National, en une trentaine d’année, est passée d’un parti groupusculaire d’extrême droite à un parti puissant, et influent dans la vie politique française. Les partis politiques traditionnelles se sont montrés incapables de contrer cette montée de ce mouvement politique. Les uns à gauche  en dénonçant  son racisme, les autres à droite s’inspirant de ses idées pour récupérer des voix,  pour les campagnes électorales. La gauche et la droite se revoyant la balle sur la responsabilité de l’existence de ce parti.

Jean -Pierre Le Goff, sociologue,  a écrit un texte intitulé, «Le syndrome du Front National» dans la revue «Débat», en septembre/octobre 2011, quelque mois avant l’échéance présidentielle de 2012. Il se pose la question suivante , quelles sont sont les causes qui ont permis l’ascension de ce parti d’extrême droite ?  Pour lui les réponses traditionnelles, économique et sociale (politique libérale, dégradation des conditions sociales)sont insuffisantes. Elles n’illustrent pas certaines réalités sous-jacentes,  comme par exemple la faiblesse électorale des partis d’extrême gauche, la fracture politiques et culturelles, l’usure des rapports entre gouvernants et gouvernés (ex : scandales politiques et financiers, affaire DSK). Ces réalités  apparaissent dans une époque  ou le mode de gouvernance, et l’état des moeurs ont des effets déliquescents. Elles vont être récupérées par le FN qui ne manquerai pas de les utiliser.

I. La France destructurée

L’auteur fait le constat d’une France destructurée. Il en définit les contours par les éléments suivants, une politique de réformes manquée, les moyens de la gauche pour lutter contre le FN, le «changement» moyen unique pour l’action politique, une communication politique brouillonne.

Ce sont ces 4 éléments que le Front National va utiliser pour fonder les bases de son ascension.

1. La «modernisation» manquée


Les hommes politiques se sont emparés de la «modernisation» (terme défini par l’auteur), et des réformes comme seul socle de leurs discours. «La «modernisation» et les réformes pour adapter le pays aux évolutions sont devenues un leitmotive du discours politique, sans que l’on s’interroge suffisamment sur les effets produits sur la société».. l’auteur souligne que l’on a peu étudié leurs conséquences (opposition et rejet).

La bataille pour la modernisation du pays, passe par la recherche de la compétitivité des entreprises dans la mondialisation, mais ne règle pas la question sociale de l’emploi. «La bataille pour  la compétitivité des entreprises dans l’économie mondiale, est une condition pour retrouver la croissance et l’emploi.....Cette orientation ....passe sous silence la concurrence du coût du travail au sein d’une économie mondialisée....et ne règle pas la question sociale» L’emploi qualifié est toujours le plus recherché. L’emploi le moins qualifié est peu demandé.  Les catégories populaires ont vu leur emploi disparaître et se sont retrouvés en situation précaire (perte de l’estime de soi), se sont senties abandonnées et les conduisent aux extrémistes. «des catégories populaires ont eu le sentiment d’être les laissés pour compte....Des catégories entières de la population se sont ainsi retrouvé dans la précarité......et à tout les extrémismes).

Le Front national (FN) s’est installé dans ces quartiers populaires par un militantisme de proximité comme le porte à porte, délaissé par les partis de gauche traditionnels comme le Parti Communiste. Il a pu apparaître comme le défenseur des petits, des sans voix «Le Front National s’est enraciné, .... un parti communiste en ébullition». Il faut aussi prendre en considération que Marine Le Pen  a repris la critique anti-capitaliste à son compte, pour renforcer l’angle «populaire» de son parti; malgré la dénonciation de ce fait par les partis de gauche considérant cela comme une imposture. Le discours du Front National, rajoute la lutte contre la modernisation  qui influe l’économie, mais aussi d’autre domaine de la société (culture, éducation, moeurs). Il a su alimenter ce clivage envers les classes populaire.
Dans les décennies précédentes, les classes populaires étaient des «références centrales» pour les grands partis. Aujourd’hui, elles se sentent mis à l’écart. Hier, la classe ouvrière était un mouvement à part entière, aujourd’hui, elle est une des composante du «mouvement social». La culture ouvrière disparaissant, est remplacée par la culture des classes moyennes. Le chômage lié aux bouleversement sociétaux (éducation, famille) ont eu des conséquence de désaffiliation du monde ouvrier à la société tout entière.

Envers ce déracinement, le Front National a apporté une réponse comme un parti anti-décadence. Il y a eu un report des classes ouvrières sur le FN car ils étaient délaissés par le Parti Communiste. Malgré les critiques des effets sociaux faites par les partis de gauche n’ont pas su reconquérir cet électorat perdu.

2. Le  «changement», seule voie politique

Depuis plus de 30 ans , les plans de modernisation et de réforme ont égrené les différents gouvernement qui se sont succédé, sans répondre à la question principale «pour quelle type de société ?

En 1974, le «changement» a été mis en exergue sous la présidence de Valérie Giscard d’Estaing. il constitua un tournant politique, qui n’est pas fini aujourd’hui. La Gauche en 1981, sera dans la continuité. Mais 1984, avec le tournant de la politique économique, le chômage de masse impossible à réguler, les réformes sociétales vont marquer un arrêt. Le pouvoir va accompagner l’évolution du monde, sans véritable vision sur le long terme, et  ayant une gestion à court terme. En 2007, Nicolas Sarkozy récupère  une partie des électeurs du front national. Il se veut le candidat de la rupture (revalorisation du travail, , et de la liquidation de 68, de la reprise d’un récit national. Les électeurs furent très vite déçus. La teneur des discours se télescopaient avec la personnalité du Président de la République. Les effets d’une politique réactive et démagogique en matière sociale (le droit social devient un obstacle à la compétitivité des entreprises), et sécuritaire ( politique de coups de communication, proche des thèmes du FN). Cette politique va légitimer le discours du Front National. Elle aura aussi pour conséquence, de mettre la gauche, sur cette politique, comme un gardien moralisateur, refusant de voir les problème, et délaissant encore plus les couches populaires. 

3. Les moyens de la gauche pour lutter contre le FN

Depuis 30 ans, la Gauche a utilisé des moyens inefficaces, qui au lieu de l’affaiblir, ont renforcé le FN.  Ils sont, la lutte anti-raciste qui a remis dans la lumière, les concepts d’ethnies, de races, la vision d’une immigration non maitrisée considérée comme du racisme, la défense de la laïcité comme rejet de l’autre.  Ces positions réductrices ne voient le monde divisée entre des bons et des méchants. L’auteur voit donc un débat public stigmatisé par deux visions, l’une sur un repli sur soi même avec le FN,  et une ouverture sur le monde caractérisée par une société régulant tout par la morale, les droits de l’homme, et l’écologie. Pour la gauche, la France ne peut être qu’une «société de coexistence de différente cultures».Elle met à mal le modèle républicain de l’intégration. Elle se coupe aussi d’une certaine catégorie du peuple, pour qui la nation française, et la République sont encore des choses importantes. Tout ceci, est un terreau, par lequel le Front National peut présenter ces thèses nationalistes, et discriminantes. 

4. La communication

La communication politique a changé depuis quelques années. La couverture du fait politique dans les médias, passé en boucle ne laisse la place, aujourd’hui  qu’à un simple commentaire , ou les petites phrases  dites par le personnel politique.  L’analyse des faits a été remplacée par une simple présentation des faits.  Un discours de victimisation, lié  à  des provocations verbales   sont la manière pour le Front National à s’insérer dans le débat politique. Les réponses à ce discours des autres partis faites de petites phrases accompagnent celui-ci, au lieu de le combattre. Le débat se mêle de notions générales assez large lié à une certaine morale qui définit le «bon camp», alors qu’elles brouillent le véritable sens. L’extrême droite elle n’a plus qu’a faire un discours extrême ou la surenchère est de mise pour se démarquer.

II. Les pistes pour la reconstruction

Quelles sont les moyens pour lutter contre ce désordre ? L’auteur en cible quelque unes. Les citoyens sont en lieu d’attendre de vrais réponses  leurs questions sur ce qui les préoccupent.  La situation présente du pays oblige à faire des choix  forts, et tracer une voie d’avenir. La clef pour lui, est que le problème de l’économique et du social  a pour cause une perte de valeurs (perte du récit historique, et d’un socle culturel) . C’est une réponse aux évolutions du monde.
Les hommes politiques devraient réintroduire dans leurs discours, les notions de nations, de souveraineté, et de culture. Ils doivent y répondre clairement, sinon le Front National utilisera ces notions pour se développer, et jouer sur le «délitement» de la France, et de «l’éclatement « de l’Union Européenne.
L’élections présidentielle ne sera pas la solution pour résoudre la situation. Il y a des personnes issues de la société civile, des partis politiques, de l’Etat, républicaines, qui développent des solutions  nouvelles pour affronter ces difficultés.. A échéance, on peut assister à la recomposition du paysage politique et sociales, et à l’édification d’un chemin sur la reconstruction.
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